Deux jours seulement après l'entrée en orbite de la sonde Cassini
autour de Saturne, les résultats scientifiques préliminaires commencent
d'ore et déjà à révéler le complexe et fascinant
système qu'est celui de Saturne.
Une des premières interrogations proviendrait de la célèbre
Division de Cassini, c'est-à-dire l'espace observable entre l'anneau
A et B. Tandis qu'il a été remarqué que la presque totalité
des anneaux de Saturne était exclusivement constituée de glace
d'eau, il vient d'être maintenant déterminé que la Division
de Cassini contiendrait bien plus de composés « sales »
que le laisse penser le reste du complexe des anneaux. Mieux encore, il semblerait
que les particules observées entre les anneaux (donc dans les divisions)
seraient étrangement similaires à la matière sombre mise
en évidence sur les photographies de la petite lune de Saturne, Phoebé.
Cette constatation relance bien sûr l'hypothèse selon laquelle
les anneaux seraient le résultat de la désagrégation d'un
satellite. Le faible anneau F contiendrait par ailleurs lui aussi une quantité
importante de ces sombres matériaux.
Un autre instrument embarqué sur Cassini a détecté une
autre particularité. Le bord des anneaux serait composé d'une
plus large quantité d'oxygène. Les scientifiques sont plutôt
perplexes et essayent d'en dégager quelque chose, bien qu'ils pensent
que cet élément pourrait être en présence à
cet endroit suite à une collision ayant pu avoir lieu... en janvier dernier !

Les anneaux de Saturne, à 132'000
kilomètres, le 1er juillet 2004. Cliquez sur l'image pour agrandir. Crédit
: NASA/JPL/Space Science Institute
""En pas moins de 2 jours, notre compréhension des anneaux
s'est considérablement améliorée", déclare
le Docteur Linda Spilker, du JPL de Pasadena (Jet Propulsion Laboratory), une
scientifique investie dans la mission Cassini-Huygens. “Les matériaux
tels que ceux découverts sur Phoebé sont une surprise de taille.
Nous sommes très intrigués quant à savoir pourquoi les
anneaux A et B semblent si épurés lorsque la division les séparant
paraît en être tout le contraire.”
Les poussières mélangées à la glace dans la Division
de Cassini et dans d'autres petites séparations ont également
trahi leur présence aux spectromètres de la sonde travaillant
dans l'infrarouge et dans le visible.
“Une surprenante évidence dans les données est que cette
poussière sombre apparaît comme étant très proche
de ce qui a été observé sur Phoebé. Durant les prochains
mois, nous tenterons d'en découvrir l'origine”, affirme le Docteur
Roger Clark, un autre membre de l'équipe scientifique chargée
de la mission Cassini.
L'imagerie ultraviolette apporte aussi son grain de sable. Cette dernière
a détecté la soudaine et inattendue hausse du taux d'oxygène
au bord des anneaux.Ces constatations amène les scientifiques à
supposer qu'un corps soit entré en collision avec les anneaux principaux,
générant cet excès d'oxygène.
Le Docteur Donald Shemansky de l'Université de Californie du Sud travaille
sur la caméra ultraviolette de l'instrument : "Ce qui nous
surprend le plus, c'est l'évidence d'un événement soudain
et de taille ayant eu lieu au cours de la période d'observation, causant
des variations non négligeables dans la distribution d'oxygène
et dans son abondance." Bien que l'oxygène atomique n'ait jamais
été précédemment dévoilé, son existence
n'émeut pas : Hubble avait déjà détecté
de l'hydrogène auparavant, un des deux produits amenant à la formation
d'eau.
L'inspection de l'atmosphère de Saturne par Cassini prit son départ
lorsque l'appareil se déplaçait encore hors de son système.
Les vents en mouvement à hauteur de l'équateur faiblissent énormément
avec l'altitude au-dessus des nuages les plus élevés. Leur vélocité
s'amoindrit d'au moins 140 m/s sur une fourchette de 300 kilomètres dans
la haute atmosphère. Des mesures du vent n'avaient jamais été
réalisées à d'altitudes si élevées.
Tôt vendredi, la sonde est passée à proximité de
la plus importante lune de Saturne, Titan, un des objectifs les plus importants
de la mission. Le satellite est supposé contenir des composés
organiques basiques pouvant apporter de nouvelles connaissances aidant à
la compréhension de l'apparition de la vie sur Terre. On peut comparer
cette lune à une « Terre dans un frigo ».
- Quelques images « RAW » (c'est à dire non traitées)
de Titan (sélectionnées parmi les plus contrastées) :


- Une image sommairement traitée par Interstars :

Cliquez sur les images pour agrandir.
Crédit : NASA/JPL/Space Science Institute
Sources :
Images
RAW
Site
officiel de Cassini-Huygens