Io, une
lune volcanique
Dans un silence absolu, de gigantesques panaches fusent vers le ciel noir puis
retombent en averses de neige. Au creux des caldeiras, bouillonnent des lacs de
lave. De longs fleuves de magma sillonnent les plaines. Ils changent de couleur
et de vitesse au gré des circonstances. De sulfureuses nappes phréatiques
migrent le long des fractures, remontent à la surface, rongent les hauts
plateaux et se transforment en geysers au contact des roches en fusion. De temps
en temps, une falaise s'effondre sous son propre poids. Ou bien une montagne bascule
et s'enfonce dans le sous-sol. Etranges phénomènes qui ont existé
ailleurs, en d'autres temps, dans le reste du système solaire. Et que l'on
peut observer aujourd'hui encore, en direct, dans un fantastique décor
dominé par Jupiter la planète géante. Io n'est pas seulement
une lune. C'est aussi une machine à remonter le temps.
Découverte par Galilée en 1610, Io resta longtemps un point lumineux
que la proximité de Jupiter rendait difficile à étudier.
On calcula sa période de révolution autour de la planète
géante (42 heures), et on constata que sa taille, sa densité (3,5),
sa composition rocheuse et son absence de glaces la rendaient apparemment proche
de notre Lune. Rien de bien extraordinaire.
Mais lorsque la sonde Voyager 1 entreprit, en mars 1979, d'étudier les
satellites de Jupiter et envoya les premières images haute définition
de Io, celle-ci devint immédiatement l'attraction principale. Cette petite
lune montrait en effet sur les photographies prises au téléobjectif
une fascinante palette de couleurs jaunes et oranges, avec de curieux cercles
rouges, de longs serpentins verts ou bruns, des croissants bleuâtres,
des plaques blanches et une multitude de petites taches rondes et noires. Ces
dernières ressemblaient à ces innombrables cratères qui
témoignent de l'intense bombardement d'astéroïdes auxquels
ont été soumis tous les astres du système solaire il y
a 4 milliards d'années.
Panaches éruptifs
à l'horizon
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Les
ombrelles éruptives de Io
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Les navigateurs de Voyager 1, qui étudiaient à la loupe les clichés
qu'elle envoyait pour déterminer sa position exacte, firent une surprenante
découverte. Au limbe de Io, sur le fond noir de l'infini, se dessinaient
nettement huit panaches éruptifs en forme d'ombrelles. Quatre mois plus
tard, Voyager 2, reprogrammée à la hâte pour observer Io,
découvrit deux autres ombrelles. Io n'était pas un objet froid,
géologiquement mort, comme notre Lune mais un astre en activité
dont on venait de surprendre une dizaine d'éruptions extraterrestres.
Les taches noires ? Des caldeiras, ces dépressions qui se forment au
sommet d'un volcan après une éruption. Les anneaux rouges, les
traînées vertes, brunes ou grises, les zones blanches ? Des coulées
de lave et des dépôts de givre, colorés par du soufre évacué
puis refroidi à différentes températures. Les ombrelles
? Des jets d'oxyde de soufre (et non de cendres comme sur la Terre) pouvant
atteindre une vitesse d'évacuation de 1000 mètres par seconde
(3 fois la vitesse du son) et monter jusqu'à 200, 350, 500 km d'altitude.
Une atmosphère extrêmement tenue, une très faible gravité
et la nullité des vents permettent à ces colossales colonnes de
gaz qui jaillissent des évents, de suivre une trajectoire balistique
et de se déployer en gracieuses fontaines symétriques.
La plus grande de ces fontaines éruptives découverte par Voyager
1, avait 1000 km de diamètre. Elle reçu le nom de Pelé,
la déesse hawaiienne des volcans. Furent également baptisés
Loki (210 km de diamètre), Promethée (250 km), Amirani (200 km)
Masubi (150 km). Vingt ans après le passage des sondes Voyager ces volcans
étaient toujours actifs.
Les télescopes terrestres dans les années quatre-vingt puis la
mission Galileo entre 1995 et 2002 ont exploré de loin puis, de plus
en plus près, ce sulfureux petit satellite. Ils ont recensé 200
caldeiras de plus de 20 km de diamètre, une centaine de volcans en activité
et d'innombrables points chauds. La sonde Galileo a notamment découvert
et photographié, de monstrueux rideaux de laves en fusion, longs de 30
km, hauts de 1500 mètres. Pourquoi, une lune aussi petite qui, théoriquement,
devrait être froide depuis longtemps à l'instar de notre Lune,
est-elle un corps en fusion produisant 100 fois plus de laves que la Terre ?
Un
double effet de marée
Avant même la découverte, sur des photos, des éruptions
volcaniques de Io, celles-ci avaient été prévues par une
équipe de chercheurs américains, dirigée par S. Peale.
Io est soumise à un double effet de marée qui étire sa
surface et ses couches internes dans tous les sens.
Avec des 3680 km de diamètre, Io semble minuscule lorsqu'elle passe
devant l'énorme globe de Jupiter (143000 km de diamètre). Elle
en fait le tour, sur une orbite très basse, en 42 heures et 27 minutes.
En rasant ainsi la planète géante, elle est soumise à un
gigantesque effet de marée qui la déforme et échauffe,
non seulement sa surface mais aussi les couches internes.
A cet effet de marée, s'en ajoute un second, celui d'une
autre lune de Jupiter, Europe, placée sur une orbite plus haute. Europe
fait le tour de Jupiter en 85 heures. Io, plus rapide, la rattrape donc et la
dépasse tous les deux tours d'orbite. A chaque rencontre, les deux lunes
s'attirent et se déforment mutuellement.
Tiraillée ainsi entre Jupiter et Europe, déformée
toutes les 42 heures par des marées de... 100 mètres d'amplitude,
Io s'échauffe et dégage des milliers de milliards de watts de
chaleur (1014 watts) soit 40 fois plus que la Terre, alors qu'elle
n'est pas plus grande que la Lune. C'est un astre dont les couches internes
sont en fusion de façon permanente ce qui provoque d'incessantes et gigantesques
éruptions volcaniques : en moyenne 10 000 tonnes de lave par seconde
et par volcan ...
Les
paysages sur Io
La surface de Io présente une grande variété
de terrains. Les caractéristiques marquantes sont des dépressions
irrégulières qui correspondent aux caldeiras des volcans (patera),
des éminences (tholus), des vastes zones caractérisées
par un albédo clair ou sombre (regio), de hauts plateaux (planum),
des montagnes (mons) et des chaînes de cratères (catena).
Rien à voir avec les autres lunes de Jupiter où dominent les cratères
(comme sur Callisto), les rayures, les rides et les cannelures (comme sur Europe
et Ganymède).
Nombreux sont les traits qui témoignent des tensions marémotrices
et de l'évacuation de la chaleur qu'elles génèrent : boucliers
volcaniques en pente douce semblables à nos volcans hawaiiens, coulées
serpentant sur plusieurs centaines de kilomètres, gigantesques anneaux
de dépôts, lacs de soufre fondu, caldeiras effondrées, interminables
plaines de laves...
Seules les montagnes, hautes de plusieurs kilomètres, ne semblent être
liées, du moins directement, à ce monstrueux volcanisme. Ce sont
d'immenses blocs basculés, manifestement formés lorsque la croûte
se casse et s'enfonce sous son propre poids. Le résultat, en quelque sorte,
d'une tectonique verticale.
Le remodelage de la surface est tel que les cratères, si nombreux ailleurs,
n'existent pas sur Io. Ils ont été effacés, gommés,
sous les retombées pyroclastiques et les flots de lave qui surgissent
des noirs évents. On a calculé que si une couche moyenne de 3
millimètres recouvrait chaque année Io, il ne faudrait que 10
millions d'années pour que se constitue une croûte de 30 km d'épaisseur.
Si ces estimations sont justes, la croûte de Io aurait été
renouvelée 500 fois depuis la formation de Io, il y a 4,4 milliards d'années.
Une chimie du
soufre
Le soufre et ses composés donnent à ces paysages des couleurs
bariolées. La région de Culan Patera (ci-dessous) constitue un
splendide exemple de cette palette contrastée où dominent le jaune,
le vert et le rouge. Les teintes changeantes des coulées de lave reflètent,
en partie, les états chimiques du soufre qui change selon la température
à laquelle il est chauffé ou refroidi.
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Culan Patera, l'un des
volcans les plus colorés de Io doit son aspect au soufre, à
ses composés et à leur interaction avec le magma silicaté
qui jaillit de la caldeira centrale (l'ovale vert irrégulier au centre
de l'image). |
Le soufre possède en effet d'étonnantes propriétés.
A sa température de fusion, 113°, il est jaune. A 150°, il devient
orange. A 180°,il vire au rouge. A 250° et plus, il revêt une
couleur brun-noir.
Autre caractéristique du soufre : il conserve sa couleur de fonte s'il
est brusquement refroidi. Ainsi une petite coulé de soufre jaillissant
à plus de 250° sera d'une belle couleur chocolat et le restera si
la température ambiante (- 150°) la refroidit brutalement. Mais si
elle est épaisse, et se refroidie lentement, elle tournera au rouge ou
à l'orange.
Le soufre présente une autre singularité. Sa viscosité
évolue au gré de la chaleur. A plus de 250°, il est très
fluide. Au fur et à mesure que sa température baisse, il devient
de plus en plus visqueux. A 200° il est rouge et pâteux. Mais il redevient
fluide à 150° alors qu'il est orange. Et il se fige à 120°
lorsqu'il est jaune.

Tupan
Patera
|
Autre image haute en couleur, la caldeira du volcan Tupan, prise en gros plan
en octobre 2001, alors qu'elle ne présentait aucun signe d'activité.
Large de 75 km, elle est entourée de remparts hauts de 900 mètres.
Le fond de la caldeira est orné de motifs surréalistes noirs,
verts, rouges et jaunes. La matière noire est récente. Il s'agit
de lave encore chaude. En jaune, un mélange de composés sulfureux.
La matière verte semble se former aux points de rencontre du soufre rouge
et la lave noire. Le centre de la caldeira, qui n'est pas recouvert de laves
noires, est probablement plus haut que le reste du plancher du cratère.
Le rouge et le
noir
Les scientifiques s'interrogent sur la nature des nombreuses taches rouges
observables à la surface de Io. Ils pensent actuellement qu'elles proviennent
des atomes de soufre qui prennent une couleur rouge lorsque qu'ils se recomposent
en molécules de 3 ou 4 atomes (S3 ou S4).
Quant à certaines taches noires, très larges comme celle qui
est apparue autour de Pillan Patera en moins de trois mois, elles seraient constituées
de cendres, riches en fer et en magnésium.
Des laves silicatées
très fluides
Le soufre n'est pas la seule matière que dégorgent les volcans
de Io. Les télescopes terrestres, équipés de radiomètres
infrarouges, ont mesuré au fond des caldeira des températures
de 600°, puis de 1200°, très supérieures à celles
que dégage le soufre fondu. Sur Terre, seuls les magmas basaltiques atteignent
1250°.
La sonde Galileo a confirmé ces résultats. Elle a notamment repéré,
entre 1995 et 2002, une dizaine de caldeiras où la température
s'élève à 1400°. Compte tenu de la température
qui règne à la surface de Io, la lave doit jaillir à 1800°.
elle proviendrait donc de plusieurs centaines kilomètres de profondeur
(et non de quelques dizaines de kilomètres comme sur Terre) et parviendrait
à remonter à la surface sans se refroidir. Ou bien, autre hypothèse,
la chaleur serait très élevée près de la surface,
et ferait fondre jusqu'aux matériaux les plus réfractaires.
C'est ce qui est arrivé sur Terre, il y a 2 milliards d'années,
lorsque le manteau était plus chaud, avec un magma qui donna naissance
à des komatites, des laves extrêmement fluides. Et Io permet
de mieux comprendre la formation de telles laves.
Survols rapprochés
Au vu des premiers résultats enregistrés par Galileo, les responsables
de la mission qui hésitaient à envoyer leur sonde survoler Io,
ont finalement programmé des passages à faible distance.
Le domaine d'Io, qui orbite à 420 000 km seulement de Jupiter, est une
zone à hauts risques, riche en radiations intenses. Les ions de sodium,
de soufre et d'oxygène, arrachés de la surface ou projetés
par les éruptions, sont capturés par le champ magnétique
de Jupiter et forment, le long de l'orbite de la petite lune, un nuage du plasma,
le tore de Io. A cela s'ajoute un tube de flux qui relie Io à Jupiter,
comme un cordon ombilical, et où passe un courant de 5 millions d'ampères.
De quoi cramer circuits, composants et équipements électroniques.
Et comme Galileo a souffert d'une avarie de son antenne principale de communication
(elle n'a jamais pu se déployer), les responsables de la mission, déjà
préoccupés par la récupération de données
beaucoup moins nombreuses que prévu, ont préféré
repousser à la fin de la mission, les survols en rase-mottes.
Le premier survol a eu lieu le 11 octobre 1999 et ne s'est pas très
bien déroulé. Le choc a été rude. La caméra
et le spectromètre infrarouge ont été très secoués
et la plupart des images n'ont pu être exploitées qu'après
de longs traitements informatiques.
Le second vol rapproché est intervenu le 26 novembre 1999 et a bien
failli échouer. Les bombardements des particules énergétiques
ont déréglé l'ordinateur de bord qui s'est placé
en mode stand-by. Après plusieurs heures de travail frénétique,
et quatre minutes seulement après l'approche maximale, les ingénieurs
du JPL ont réussi à réactiver les appareils de mesure et
la caméra. Un peu plus de la moitié des observations programmées
ont pu être faites.
Depuis, d'autres "missions suicides" se sont déroulées,
avec chaque fois, des incidents plus ou moins sérieux. La caméra
notamment, a été endommagée et il a fallu développer
puis envoyer un nouveau programme pour qu'elle fonctionne à nouveau de
façon à peu près satisfaisante. Le tout dernier passage,
le 17 février 2002, a été raté, Galileo s'étant
placé en mode de sauvegarde, interdisant ainsi aux appareils de fonctionner.
Il a fallu 14 heures d'efforts pour remettre en route la sonde.
Les
survols rapprochés effectués par Galileo (1999 - 2002)
Orbite autour
de Jupiter * |
Date du survol |
Distance |
Principales observations |
| 24 |
10 octobre 1999
|
611 km |
Loki et Pele de nuit, laves en
fusion, Pillan, montagnes et falaises.
|
| 25 |
25 novembre 1999
|
300 km |
Fontaines éruptives de
Tvashtar Catena.
|
| 27 |
22 février 2000
|
199 km |
Tvashtar Catena, Pele, Prométhée.
|
| 31 |
6 août 2001
|
200 km |
Panache éruptif géant
près du pôle Nord, survol de Tvashtar Catena.
|
| 32 |
16 octobre 2001
|
181 km |
Pôle Sud, étude du
champ magnétique.
|
| 33 |
17 janvier 2002
|
100 km |
Echec
|
| * La première orbite de
la sonde Galileo autour de Jupiter a débuté en décembre
1995. Galileo a également menée une étude de
Io conjointement avec la sonde Cassini-Huygens, en décembre
2000/janvier 2001. |
|
Le volcanisme qui sévit sur Io est trop imprévisible pour planifier
une campagne photographique. Bien des clichés réalisés
sont fortuits. Glanés au petit bonheur la chance, entre deux avaries
de la caméra, ils ont pourtant apporté des résultats significatifs.
Ils confirment notamment plusieurs hypothèses qui reposaient jusqu'alors
sur l'interprétation délicate d'images en basse résolution.
Ainsi Pele renferme bien au sein de sa caldeira un lac de lave actif. Les volcans
Prométhée et Amirani sont le siège de lents et gigantesques
épanchements de lave, de type hawaiien. Des fontaines de lave actives
expliquent l'intense rayonnement thermique de certains volcans. Et Loki, premier
volcan extraterrestre à avoir été découvert est
le plus puissant volcan du système solaire. Toutefois, les images prises
n'ont pas une résolution suffisante pour confirmer ou infirmer les modèles
mathématiques élaborés pour expliquer le volcanisme actuel
sur Io.
Io by night
 |
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A gauche,
la carte des températures nocturnes
relevées en février 2000.
A droite, le même hémisphère, en lumière visible.
En bleu,
les températures les plus froides
(- 183° C).
En jaune et orange, les températures les
plus chaudes, supérieures à - 103° C.
Dans plusieurs endroits, très localisés, la
température atteint 1225° C.
L-K : Lei-Kung
Fluctus. L : Loki. Pi : Pillan. M : Marduk. Pe : Pele
|
La carte de la chaleur, la nuit sur Io, fait apparaître
les volcans les plus les plus actifs du système solaire. Les points les
plus chauds correspondent à des volcans plutôt discrets. C'est
le cas, notamment, de Loki qui irradie 15 % de la chaleur totale. Il libère,
à lui tout seul, davantage d'énergie que l'ensemble des volcans
terrestres. Un vrai monstre. Son cratère, en forme de fer à cheval,
est envahi périodiquement par des coulées de lave de plusieurs
mètres d'épaisseur qui recouvrent parfois une surface de 32000
km carrés. Elles doivent refroidir lentement, pendant plusieurs mois,
ce qui expliquerait la température de + 30°C mesurée au cur
de la caldeira, alors que les plaines environnantes affichent une température
de - 150° C.
Dans l'échelle des températures, le volcan Pillan occupe la seconde
position. Sa chaleur correspond à des coulées de lave en cours
de refroidissement depuis deux ans et demi.
Par contre, Pele qui émet de violents panaches éruptifs, génère
peu de chaleur. Son activité reste confinée dans un petit cratère.
Le lac du Mont
Pele
En passant au dessus de Pele le 10 octobre 1999, Galileo réussit à
surprendre, pour la première fois hors de la Terre, de la lave incandescente
dont la température s'élevait à 1027° C
elle s'étire sur 10 km de long et mesure 50 mètres de large.
Les variations de son éclat sont probablement dues à la plus ou
moins grande quantité de matériau exposé à la surface.
Il s'agirait, non pas d'une coulée de lave mais d'un lac dont le contenu
se renouvelle continuellement. Ce sont les bords de la caldeira du volcan que
l'on verrait sur cette image. La croûte refroidie, flottant sur la lave
en fusion, se heurterait sans cesse aux parois du cratère et se briserait,
exposant ainsi un ruban de matière en fusion.
Une autre image de nuit prise deux ans plus tard, avec des détails de
60 mètres par pixel, confirme cette hypothèse. L'enfilade de taches
brillantes (à gauche de l'image) correspondrait au bord du volcan. La
très grande tache (à droite) serait une large ouverture dans la
croûte, laissant apparaître la lave chaude sous-jacente.
Les
lueurs rougeoyantes du Mont Pele sont suffisamment fortes pour être photographiées
en plein jour. A gauche, une image prise dans la lumière visible. Elle
est centrée sur cet immense anneau rouge de 1300 km de diamètre
qui rend Pele reconnaissable entre tous. Il a pour origine les retombées
du soufre éjecté dans des jets de 80 km de haut. L'image de droite
est en fausses couleurs et a été prise dans l'infrarouge. Le point
rouge sombre situé au milieu du cercle noir correspond à l'endroit
où se trouve le lac de lave. Sa taille est estimé à 15
km de longueur sur 10 km de largeur.
Les tubes de
lave et les panaches de Prométhée
Chaque fois qu'une sonde a pu observer, de loin ou de près le volcan
Prométhée, celui-ci était en activité, surmonté
d'un splendide panache de gaz de dioxyde de soufre. Les scientifiques attendaient
dont avec impatience les mesures et les photos haute résolution de Galileo.
La combinaison de ces différentes données a permis de comprendre
le mécanisme d'une éruption et de dresser la carte du volcan:
La carte de Prométhée
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Les sources des ombrelles |
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En rose, la caldeira semi-circulaire de
250 km qui ressemble à une tête de cygne. En noir, les coulées
récentes. En rouge, les coulées actives. En vert, la mesa.
Les flèches jaunes indiquent la direction des panaches.
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En haut à droite la caldeira. Une
large et tortueuse coulée s'en échappe sur 90 km. Elle est
bordée de traînées blanches de dioxyde de soufre.
C'est là que surgissent, en plusieurs endroits, les panaches de
gaz en forme d'ombrelles.
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Selon le professeur Laszio Keszthelyi de l'université d'Arizona,
Prométhée "possède des caractéristiques
remarquablement semblables à celles du volcan hawaïen Kilauea, bien
qu'il soit beaucoup plus grand". Le magma est stocké dans une
chambre souterraine située au-dessous de la caldeira. La lave remonte
à la surface une quinzaine de kilomètres au sud de la caldera.
Ce
point correspond, sur l'image des températures, à la zone bleue
au centre de laquelle se trouve une zone orangée de matière riche
en soufre. La lave parcourt ensuite une centaine de kilomètres (à
partir de l'évent) à travers des conduits souterrains jusqu'à
l'extrémité des coulées. Elle est parfois visible à
travers quelques trous. La lave liquide, exposée à la surface,
correspond à une zone de très haute température, située
sur la partie ouest du volcan .
Un panache de dioxyde de soufre de 100 km de haut s'étend au dessus
de ces coulées actives. L'origine de ces ombrelles éruptives intrigue
depuis longtemps les spécialistes de Io. D'où surgissent-elles
? D'un seul évent ou bien de plusieurs endroits à la fois ?
Elles ne se dressent pas au dessus de la caldeira en tête de cygne de
Prométhée mais beaucoup plus loin. Elles surgissent aux extrémités
des coulées de lave, dans des zones où le sol est recouvert de
neige ou de dioxyde de soufre. La vaporisation de cette matière glacée
au contact des laves chaudes serait à l'origine des ombrelles éruptives.
Le processus serait identique à celui qui se déroule, sur Terre,
à Hawaii, sur le Kilauea. Les laves coulent dans des chenaux souterrains
et se déversent dans le Pacifique au milieu de spectaculaires panaches
de fumée issus de la rencontre de l'eau froide et de la lave brûlante.
Il est aussi possible que le givre de dioxyde de soufre s'enfouisse dans le
sous-sol et s'accumule en une nappe phréatique de soufre liquide qui
se vaporise lorsqu'une coulée de lave chaude le recouvre.
Les champs d'Amirani
et de Maui
Dans la région du volcan Amirani, les volcans atteignent 4 à
8 km d'altitude mais avec des pentes si douces qu'un promeneur monterait vers
le sommet sans s'en rendre compte. Ce qui caractérise ce volcan, observé
depuis 20 ans, c'est la profusion et la longueur de ses coulées.
La plus longue coulée de lave du système solaire se trouve ici.
Longue de 300 km, elle est sans cesse alimentée par des épanchements
monstrueux, non seulement d'Amirani mais aussi d'un volcan voisin, Maui, avec
lequel il semble être en train de fusionner. Les deux volcans réunis
dégorgent 100 tonnes de laves à la seconde.
Les volcans du
Grand Nord (I) : Tvashtar Catena et ses fontaines
Lorsque Galileo survole en juillet puis en novembre 1999 la chaîne de
cratères Tvashtar Catena, la magma en fusion est si chaud et si brillant
qu'il surexpose la caméra. En se basant sur leur expérience dans
des cas semblables, les scientifiques de l'équipe Galileo parviennent
à interpréter et à redessiner en partie la surface photographiée.
Interprétation du
cliché pris le 26 novembre 1999
| En noir et blanc, de
gauche à droite, la photo originale, puis son interprétation
et un zoom de la zone la plus intéressante (cliquez sur la
vignette pour l'agrandir). Le ruban rouge correspond à un
rideau de lave qui jaillit d'une fissure de 30 km de long avec des
fontaines de lave hautes de 1500 mètres ! Une éruption
phénoménale, à ramener toutefois à de
plus justes proportions compte tenu de la quasi inexistence d'atmosphère.
Sur Terre, les mêmes fontaines ne dépasseraient pas
150 mètres. |
|
Evolution entre le 26 novembre
1999 et le 22 février 2000

|
L'image de gauche (en couleurs rehaussées pour mieux faire apparaître
les différences) est une combinaison de clichés basse et haute
résolution. On observe, au sud du rideau de lave, deux autres caldeiras,
d'où partent plusieurs coulées de lave. Les plus noires semblent
être les plus récentes. Cette chaînes de bouches volcaniques
est entourée d'une ESA, haute de 1 km. Elle a été sapée
à plusieurs endroits, peut-être par du soufre liquide.
L'image de droite a été prise deux mois après celle de
gauche. Les fontaines de lave et la fissure d'où elles partaient ont
disparu. Par contre, à l'ouest de cet endroit, une nouvelle coulée
de magma en fusion s'allonge sur près de 60 km. Un peu au dessus, les
deux points lumineux aux extrémités de coulées noires en
forme de "V" correspondent à des laves encore chaudes exposées
à la surface.
Les volcans
du Grand Nord (II) : naissance d'un volcan
 |
| Les images de Cassini mettent en évidence
deux grands panaches éruptifs : celui du volcan Pele, près
de l'équateur, mesure 390 km de haut ; un second panache s'élève
à 150 km d'altitude à proximité du pôle Nord,
dans la région de Tvashtar. |
Décembre 2000 : la sonde Cassini-Huygens en route vers Saturne et la
sonde Galileo, en orbite autour de Jupiter, se croisent et, profitant de cette
occasion inespérée, étudient ensemble Jupiter et ses lunes.
Tandis que Galileo photographie Io dans la lumière visible, Cassini-Huygens
prend des images dans l'ultraviolet de manière à mieux détecter
les panaches éruptifs.

 |
Sur les clichés pris par Galileo, on distingue très bien (image
du haut) l'habituel anneau rouge de 1300 km de diamètre qui entoure la
caldeira de Pele et qui correspond à la retombée des ombrelles
de dioxyde de soufre. Et, surprise, sur l'autre hémisphère de
Io (image du bas) un anneau tout aussi gigantesque apparaît du côté
du pôle. Ces dépôts circulaires proviennent probablement
du panache photographié près de Tvashtar par Cassini.
Le panache éruptif découvert conjointement par les sondes Cassini-Huygens
et Galileo est-il encore actif plusieurs mois après ? Pour le savoir,
les scientifiques programment en août 2001 un survol rapproché
au dessus du site.
Le panache observé au tout début de l'année a disparu.
Par contre un autre panache qui monte jusqu'à de 500 km d'altitude est
découvert. Il provient d'un nouveau volcan.
Avec ses 500 km d'altitude, ce panache éruptif est le plus élevé
jamais observé sur Io. Les panaches terrestres ne dépassent pas
55 km d'altitude mais dans une atmosphère infiniment plus dense que celle
de Io.
Situé par 41° de latitude Nord et 133° de longitude Ouest, le
nouveau volcan est entouré d'un large anneau de matière à
la fois sombre et claire. Ces dépôts qui se sont accumulés
à une vitesse stupéfiante recouvrent en partie ceux plus rouges
encerclant Tvashtar Catena.

Alors que Galileo se trouve à 194 km au dessus de cette
zone, elle capture et analyse des particules toutes fraîches, provenant
de l'éruption du nouveau volcan. Il s'agit de flocons de neige de dioxyde
de soufre. Chaque flocon compte de 15 à 20 molécules assemblées.

Coulée de lave sur la face de Io qui
est toujours tournée vers Jupiter
Vue d'artiste de John Spencer
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Cet article a été publié
précédemment sur le site Astrobale.com de Sylvie Hugelin.
Nous tenons à la remercier de nous avoir donné l'autorisation
de le reproduire.
Article © Sylvie Hugelin, tous droits réservés
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